Chypre vous permet de devenir résident fiscal après seulement 60 jours passés sur l’île au cours d’une année — à condition, et seulement à cette condition, de satisfaire à chacun des critères d’un test cumulatif, de conserver des liens réels avec Chypre jusqu’au 31 December et de ne pas déclencher une résidence fiscale ailleurs. Combiné au statut de non-domicilié, qui supprime l’impôt chypriote sur les dividendes et les intérêts pendant une durée pouvant aller jusqu’à 17 ans, ce dispositif est le mécanisme juridique qui sous-tend la plupart des déménagements de fondateurs et de travailleurs à distance dont vous entendez parler — y compris la vague notable de professionnels de la tech israélienne depuis 2023. Ce guide passe en revue ce que disent réellement les règles, avec les chiffres en vigueur après la réforme fiscale entrée en application le 1 January 2026.
Cet article est une information générale : pas un conseil fiscal. Les règles fiscales changent — Chypre a révisé plusieurs de ces dispositions le 1 January 2026, et d’autres modifications sont possibles. Confirmez tout auprès d’un conseiller fiscal agréé à Chypre (et, si vous quittez un autre système fiscal, également auprès d’un conseiller local) avant d’agir.
Qu’est-ce que la règle des 60 jours et en quoi diffère-t-elle de la règle des 183 jours ?
Chypre offre deux voies d’accès à la résidence fiscale des personnes physiques. La voie par défaut est simple : passez plus de 183 jours à Chypre au cours d’une année civile et vous êtes résident fiscal, sans autre condition. La règle des 60 jours, introduite en 2017, est la voie destinée à ceux qui vivent réellement entre deux valises — mais elle est cumulative, ce qui signifie que vous devez remplir toutes les conditions suivantes au cours de la même année fiscale (laquelle, à Chypre, correspond à l’année civile) :
- Séjournez au moins 60 jours à Chypre pendant l’année.
- Ne séjournez pas plus de 183 jours au total dans un autre pays donné. Vous pouvez répartir le reste de l’année entre plusieurs pays, mais aucun d’entre eux ne doit dépasser 183 jours.
- Entretenez un lien économique avec Chypre : exercez une activité commerciale à Chypre, soyez employé à Chypre ou occupez un poste d’administrateur d’une société résidente fiscale chypriote — et cette activité, cet emploi ou ce mandat ne doit pas prendre fin au cours de l’année fiscale. Si vous démissionnez de votre mandat d’administrateur en November, vous échouez au test pour l’année entière.
- Disposez d’un logement permanent à Chypre, que vous en soyez propriétaire ou locataire. Une réservation d’hôtel ne compte pas ; une location à l’année, si.
Jusqu’à la fin de 2025, il existait une cinquième condition : vous ne pouviez pas être résident fiscal d’un autre État au cours de la même année. La réforme fiscale de 2026 l’a supprimée, avec effet au 1 January 2026 — les situations de double résidence sont désormais résolues par les critères de départage prévus par la convention fiscale applicable. Ce changement a moins d’importance qu’il n’y paraît pour toute personne dont le pays d’origine n’a pas de convention avec Chypre — voir la section consacrée à Israël ci-dessous.
La différence pratique entre les deux voies : la règle des 183 jours ne s’intéresse qu’à l’endroit où vous étiez physiquement ; la règle des 60 jours exige en outre que vous ayez construit une présence réelle et durable à Chypre. Si vous pouvez sans difficulté dépasser 183 jours, la règle simple est plus facile à défendre sur le plan administratif.
Comment compte-t-on les jours d’entrée et de sortie de Chypre ?
Les règles de décompte sont mécaniques et méritent d’être mémorisées, car une journée de voyage mal comptée peut faire échouer une demande au titre des 60 jours :
- Le jour d’arrivée à Chypre compte comme un jour passé à Chypre.
- Le jour de départ de Chypre compte comme un jour passé hors de Chypre.
- Arriver et repartir le même jour compte pour un jour passé à Chypre.
- Partir et revenir le même jour compte pour un jour passé hors de Chypre.
Conservez les justificatifs — cartes d’embarquement, tampons des portiques électroniques, pièces relatives au logement. Tant le département des impôts de Chypre (lors de la délivrance des certificats de résidence) que les autorités fiscales étrangères (en cas de contestation de votre départ) vous les demanderont.
De quoi le statut de non-domicilié vous exonère-t-il exactement ?
La résidence fiscale et le domicile sont deux notions distinctes à Chypre, et c’est surtout la seconde qui fait la différence financière. Un résident fiscal chypriote non domicilié à Chypre ne paie aucune contribution spéciale pour la défense (Special Defence Contribution, SDC) — le prélèvement qui s’appliquerait autrement aux revenus passifs.
Le domicile relève de la loi sur les testaments et les successions (Wills and Succession Law) : votre domicile d’origine s’acquiert à la naissance (dans le cas classique, en suivant le domicile de votre père), et vous pouvez acquérir ultérieurement un domicile de choix en résidant quelque part avec l’intention de vous y établir de manière permanente. Toute personne dont le domicile d’origine se situe hors de Chypre — ce qui couvre essentiellement tout fondateur ou ingénieur étranger qui s’y installe — commence automatiquement comme non-domicilié. Il existe une limite temporelle majeure : une fois que vous avez été résident fiscal chypriote pendant 17 des 20 dernières années fiscales, vous devenez réputé domicilié et l’exonération prend fin. (Même une personne ayant un domicile d’origine chypriote peut bénéficier du statut de non-domicilié si elle a été non-résidente pendant au moins 20 années consécutives avant son retour.)
Ce que vaut l’exonération, aux taux qu’un résident domicilié paierait après la réforme de 2026 :
- Dividendes : SDC de 5% pour les résidents domiciliés (réduite de 17% au 1 January 2026 ; les distributions de bénéfices antérieurs à 2026 conservent l’ancien taux de 17% si elles sont versées avant le 31 December 2031). Les non-domiciliés paient 0% de SDC sur les dividendes, chypriotes ou étrangers. Les dividendes sont également exonérés d’impôt sur le revenu pour tout le monde.
- Intérêts : SDC de 17% pour les résidents domiciliés (3% pour les obligations d’État chypriotes, ou lorsque le revenu annuel total est inférieur à €12,000). Les non-domiciliés paient 0% de SDC sur les intérêts.
- Loyers : la SDC qui s’appliquait aux revenus locatifs a été supprimée pour tous à compter du 1 January 2026 — les loyers ne sont désormais imposés qu’au titre de l’impôt sur le revenu normal, si bien que sur ce point les non-domiciliés n’ont plus d’avantage ; personne ne paie de SDC sur les loyers.
Le statut de non-domicilié ne signifie pas zéro impôt. Les dividendes, intérêts et revenus locatifs restent soumis aux contributions GESY (General Healthcare System) au taux de 2.65%, et la GESY s’applique à un maximum de €180,000 de revenu annuel — soit un plafond de €4,770 par an pour cette catégorie à 2.65%. Le statut de non-domicilié est en principe automatique, mais il se revendique en pratique par le dépôt d’une déclaration de domicile auprès du département des impôts — faites-vous accompagner par un conseiller.
Une note post-réforme pour le très long terme : les personnes qui approchent du statut de résident réputé domicilié en vertu de la règle des 17 années sur 20 peuvent désormais demander au commissaire aux impôts de payer un montant fixe de €250,000 pour une période de cinq ans au lieu de la SDC standard, conformément à la circulaire fiscale 02/2026 (la demande doit généralement être déposée avant le 30 June de la première année ; un délai transitoire au 30 June 2026 s’appliquait à ceux déjà réputés domiciliés en 2024–2025). C’est un problème de la dix-septième année, pas de la première, mais cela modifie la réponse à la question « que se passe-t-il après 17 ans ».
Comment fonctionne l’exonération de 50% pour un premier emploi ?
Si vous occupez un premier emploi à Chypre et que votre rémunération dépasse €55,000 par an, 50% de cette rémunération sont exonérés d’impôt sur le revenu pendant 17 ans — une fois dans une vie, en vertu de l’article 8(23A) de la loi relative à l’impôt sur le revenu. La condition déterminante est la non-résidence antérieure : vous ne devez pas avoir été résident fiscal chypriote pendant au moins 15 années consécutives immédiatement avant votre premier emploi à Chypre.
Pour un ingénieur senior gagnant, disons, €120,000, cela signifie que l’impôt sur le revenu est calculé sur €60,000 — avant même de tenir compte de la tranche exonérée. Combiné au traitement des revenus de dividendes en tant que non-domicilié, c’est l’argument central de Chypre auprès des employés de la tech qui s’y installent.
Il existe aussi une exonération plus ancienne et plus modeste : une exonération de 20% plafonnée à €8,550 par an, applicable pendant sept ans à compter de l’année fiscale suivant le début de l’emploi, pour les personnes qui étaient non-résidentes pendant les trois années consécutives précédant leur prise de poste et qui étaient employées hors de Chypre par un employeur non résident. Elle ne peut pas être cumulée avec l’exonération de 50% ; elle concerne surtout les salaires inférieurs au seuil de €55,000.
Les revenus d’emploi supportent également des cotisations d’assurance sociale de 8.8% à la charge du salarié (avec une part patronale équivalente), sur les rémunérations jusqu’à un plafond annuel de €68,904 en 2026, plus la GESY à 2.65% sur le salaire. Les exonérations ci-dessus réduisent l’impôt sur le revenu, pas ces cotisations.
Que doivent savoir précisément les fondateurs et les travailleurs à distance israéliens ?
L’installation d’Israéliens à Chypre est réelle et massive — environ 8,300 salariés israéliens de la tech (soit environ 2.1% de la main-d’œuvre du secteur) se sont expatriés entre October 2023 and July 2024, et les estimations font état de 10,000 à 20,000 Israéliens vivant actuellement à Chypre. Mais l’association Israël–Chypre présente deux angles vifs que le marketing de la relocalisation a tendance à occulter :
Il n’existe pas de convention fiscale entre Israël et Chypre. D’après les dernières synthèses professionnelles, les deux pays n’ont jamais mis en vigueur de convention en matière d’impôt sur le revenu. Cela signifie que la nouvelle solution du « critère de départage conventionnel » introduite par la règle des 60 jours en 2026 ne vous est d’aucune utilité : si Israël vous considère toujours comme résident israélien au regard de son test du centre des intérêts vitaux (famille, logement, liens économiques et sociaux — pas seulement le nombre de jours), vous pouvez être imposé comme résident des deux pays, avec pour seuls recours des mécanismes de crédit unilatéraux et sans accord de sécurité sociale.
Israël applique un impôt de sortie. En vertu de l’article 100A de l’ordonnance israélienne relative à l’impôt sur le revenu, une personne qui cesse d’être résident israélien est réputée avoir vendu ses actifs la veille de son départ — un problème sérieux pour les fondateurs détenant des participations valorisées dans une start-up. L’administration fiscale israélienne examine aussi activement les dossiers d’Israéliens qui revendiquent la résidence chypriote, notamment la question de savoir si les sociétés chypriotes sont réellement gérées et contrôlées depuis Chypre plutôt que depuis Israël. Rien de tout cela ne rend le déménagement irréalisable ; cela en fait un projet nécessitant deux conseillers. Le présent guide n’entre volontairement pas plus avant dans le droit israélien — faites appel à un conseiller fiscal israélien pour tout ce qui concerne la sortie.
Qu’est-ce qui nécessite réellement l’intervention d’un professionnel ?
Un conseiller compétent n’est pas ici un simple supplément facultatif. Prévoyez un budget pour une aide professionnelle au minimum sur les points suivants :
- Certificats de résidence fiscale. Le département des impôts de Chypre les délivre (sur demande, avec justificatifs) et votre banque, vos courtiers et votre ancienne administration fiscale vous les demanderont. Dans le cadre de la règle des 60 jours, le dossier de preuves compte encore plus, pas moins.
- Sortie du pays d’origine. Impôts de sortie (l’article 100A israélien étant l’exemple canonique pour ce public), tests du centre des intérêts vitaux ou tests substantiels similaires, et — lorsqu’une convention existe — analyse du critère de départage.
- Propriétaires de sociétés : gestion et contrôle, et exposition aux CFC. Une société chypriote gérée en pratique depuis votre ancien pays peut être attirée dans le filet fiscal de ce pays ; inversement, des sociétés étrangères que vous détenez peuvent vous être attribuées. Le taux de l’impôt sur les sociétés à Chypre est de 15% à partir de 2026 (contre 12.5% auparavant).
- Coordination des assurances sociales. Le fait de devoir des cotisations dans un pays ou dans les deux dépend de la structure de l’emploi et de l’existence éventuelle d’un accord de coordination — avec Israël, il n’y en a aucun.
- Substance. Soixante jours plus un appartement loué constituent le minimum légal, pas une stratégie de défense. L’utilisation réelle d’un bureau, les dépenses locales et la cohérence entre votre statut de visa/immigration et votre déclaration fiscale sont ce qui fait la différence lors d’un contrôle.
Faites examiner la structure avant de déménager, et non après — plusieurs de ces conditions (le lien économique de fin d’année, la période de référence de non-résidence de 15 ans) ne peuvent pas être corrigées rétroactivement.
Questions fréquentes
- Puis-je bénéficier de la règle des 60 jours tout en passant la majeure partie de mon temps dans un autre pays ?
- C’est possible, à condition qu’aucun autre pays ne vous accueille plus de 183 jours au total, que vous passiez au moins 60 jours à Chypre, que vous y disposiez d’un logement permanent et que vous y conserviez un emploi, une activité ou un mandat d’administrateur jusqu’à la fin de l’année. Votre pays d’origine peut toutefois continuer de vous considérer comme résident selon ses propres critères (le test du centre des intérêts vitaux israélien, par exemple), surtout en l’absence de convention fiscale avec Chypre.
- Les non-domiciliés chypriotes paient-ils quoi que ce soit sur les dividendes et les intérêts ?
- Ils ne paient ni contribution spéciale pour la défense (SDC) ni impôt sur le revenu des personnes physiques sur les dividendes, mais les cotisations maladie GESY au taux de 2.65% s’appliquent toujours aux dividendes, intérêts et loyers — sur un maximum de EUR 180,000 de revenu annuel, soit au plus EUR 4,770 par an pour cette catégorie.
- Combien de temps dure le statut de non-domicilié ?
- Jusqu’au moment où vous avez été résident fiscal chypriote pendant 17 des 20 années fiscales précédentes : vous devenez alors réputé domicilié et la SDC standard s’applique. Depuis la réforme de 2026, les résidents de longue durée proches de ce seuil peuvent demander à payer un montant fixe de EUR 250,000 pour cinq ans à titre d’alternative.
- Dois-je acheter un bien immobilier à Chypre pour bénéficier de la règle des 60 jours ?
- Non. La condition de logement permanent est satisfaite par un bien dont vous êtes propriétaire ou locataire : une location à l’année convient donc — mais il doit s’agir d’un véritable logement permanent à votre disposition, pas de réservations de vacances de courte durée.